Ça aurait pu mal finir !

… mais j’ai suivi mon intuition. J’ai écouté ma petite voix. Voyager en solo, en tant que femme, nous demande, toujours et encore en 2021, d’être vigilante.

Anecdote :  Après des mois de voyage en solitaire, me voilà à Athènes avec ma fille. Dernière ligne droite avant le retour – Montréal pour elle, Berlin pour moi.


Nous sommes hébergées chez  Nick, un hôte Couchsurfing aux références positives, nombreuses et essentiellement féminines. Il se décrit comme étant sympathique, mais un peu « weirdo ». Ne l’est-on pas tous un peu? Je me fie aux bonnes références. On ne m’y reprendra plus ! Nick nous accueille dans la matinée à la station de métro et nous amène déposer nos sacs à dos dans son local, où il produit une radio web. Sympathique, en effet. Goûts musicaux intéressants. On fait connaissance. On part se balader, ma fille et moi, et on décide de se retrouver vers 17:00 pour aller chez lui. Première journée sympa à Athènes où ma fille me sert de guide puisqu’elle y séjourne depuis quelques temps. 

17:30, on arrive chez Nick. Appartement spacieux. Il réside chez ses parents, mais son père est parti pour l’été en Crète. On s’installe. Le repas s’ensuivra. J’ai fait les courses et cuisiné pour cette première soirée. Toujours sympathique… On l’écoute nous raconter ses expériences avec ses divers(e)s invité(e)s, celles et ceux qu’il trouvait étranges.  Bon narrateur, il capte notre attention. Nous sommes bon public et rions de bon cœur. Il parle un peu, beaucoup, trop de sexualité, sans toutefois être déplacé, comme ça, librement, mais intensément. 
Je note un fait. Il nous a servi du raki, mais ne boit pas. J’ai bu mon premier verre par politesse. Ma fille, elle, ne voit rien et entame le second qu’il nous sert. Je ne bois plus. Mon alarme interne a déjà sonné. Il se fait tard, 23:30. Je rêve de me coucher, mais la nuit précédente à voyager dans un bus bondé, m’a laissé quelques odeurs pas trop agréables. Ma fille, elle, est déjà à moitié endormie. Je demande à Nick si je peux prendre une douche. Réponse positive. Et là, ne me demandez pas comment ni pourquoi, mais je ressens dans son non-verbal, à ce moment précis, un changement infime. Quelque chose se passe. Rien n’est dit, mais une petite lueur vient de s’allumer dans ses yeux. Son sourire, un peu plus accentué, me met sur mes gardes instinctivement.
Il m’explique que cela va prendre quelques minutes, car il doit allumer le chauffe-eau et, ensuite, la salle de bain sera à moi. Alors je repense à un petit détail, ce « presque rien », mais quand même … quand j’ai fait la vaisselle l’eau était bouillante au point de me brûler. Peut-être est-ce un autre système pour la salle de bain ? Nick me dit que tout est prêt.  J’entre dans la salle de bain, ferme la porte et commence à retirer mon t-shirt…
Et, soudain, je le vois. Je vois l’œil de la caméra caché dans une boîte de médicaments. Un trou a été fait pour ne laisser place qu’à l’objectif violeur, inquisiteur. Pourquoi ai-je cherché ? Je sentais un poids, un regard ? Premier réflexe : je reprends mon t-shirt. Deuxième réflexe : ça filme donc je décide d’agir le plus normalement possible. Je dépose mes vêtements sur la boîte en question, nonchalamment. Je vérifie sous la douche. Je ne vois rien. Je me lance sous les jets qui j’espère, ne seront pas voyeurs.
Rhabillée,  mon cerveau réfléchit à mille à l’heure. Agir normalement. De retour au salon, ma fille est déjà endormie. Il est minuit passé. Ne pas la réveiller pour l’alarmer. 

Ma décision : veiller sur elle cette nuit et décoller demain matin, dès que possible. 
Je ne dors pas. Monsieur Opinel, mon fidèle ami tranchant, depuis le début de ce tour du monde en solo, ne m’a jamais paru aussi essentiel. Il est entre mes doigts. Je m’assoupis un peu. 

Les heures ont été longues et le matin arrive enfin. Je réveille ma fille. Elle bougonne, mais je lui explique dans le creux de l’oreille qu’elle doit se lever et sans poser de question préparer son sac. Sa douche attendra encore un peu… Je ne peux rien expliquer maintenant. Elle s’exécute le regard un peu stressé.  Nick se réveille. Agir normalement. Sympathique en effet, il nous prépare le café et sort rapidement nous chercher un feuilleté pour le petit-déj.


Je retourne à la salle de bain. La boîte est là, vidée de sa caméra et le trou si apparent. 


Nos sacs sont prêts. Nick est de retour. Impossible de partir à ce moment. On prend le café. Il disparaît dans son bureau. Go on décolle, on prend nos sacs et on se dirige vers la porte. Une fois sur le palier, j’appelle Nick, le sympathique, le pathétique, le psychopathe. Je l’avise de notre départ et lui dis simplement deux mots : bathroom/camera ! Son visage se fige. Il souhaite que nous rentrions. Il insiste, il veut nous expliquer. Une voisine sort au même moment. Il se tait… rien à ajouter. On quitte les lieux sur le champ. Vers où ? On verra plus tard.  On se dirige vers le métro, un peu secouées. Je pense à toutes ces positives références, à ces jeunes femmes hébergées chez Nick.
Sympathique, en effet,  ce type, mais juste pour mieux abuser de ses proies ! Que fait-il de ses vidéos ? Je ne crains rien pour nous, mais ces femmes ont été bafouées dans leur intimité sans le savoir. Nick, une heure après notre départ, a fermé son compte Couchsurfing et nous sommes allées à la police déposée plainte.

Par le récit de cette anecdote, je veux démontrer combien suivre son intuition est essentiel. L’intuition, c’est cette petite voix qui fait pencher la balance lorsque l’on est face à un problème. Celle qui, instinctivement nous dit quoi faire.  Ni magie ni don, c’est une forme d’intelligence présente en chacune de nous. Elle se cultive, se travaille et s’aiguise au quotidien.  En voyage ou pas, là-bas loin ou ici, rien de plus essentiel que d’être à l’écoute de notre boussole intérieure !

Pour être encore mieux outillée dans nos voyages en solo, voici pêle-mêle quelques recommandations sans tomber dans le côté parano, mais pour demeurer en mode alerte. C’est encore malheureusement le lot des femmes qui voyagent seules de devoir rester doublement attentives aux risques.

  • Bon, si vous êtes comme moi, à voyager plutôt au gré du vent, j’ai appris qu’un minimum de préparation concernant les risques ne fait de mal à personne et n’enlève rien à la spontanéité. Lire un peu la presse sur la situation du pays (conflits, grève, manifestations, risque élevés d’attentats, etc.)
  • Se renseigner aussi sur les us et coutumes du pays (le rôle de la femme, les tenues vestimentaires recommandées , les mœurs et les relations hommes/femmes – sans vouloir genrer)
  • Éviter les arrivées trop tardives ou de nuit dans des lieux complètement inconnus et idéalement prendre des taxis officiels.
  • Essayer de garder contact avec au moins une personne de votre entourage afin qu’elle sache où vous vous trouvez. Dans certains pays, il est bon aussi de s’inscrire sur le site internet de l’ambassade du Canada en leur mentionnant exactement votre itinéraire.
  • Avoir une attitude démontrant la confiance en soi. 
  • Dans les bars ou restaurants, avoir TOUJOURS un œil sur votre verre.
  • Et pour finir, je répète : suivre son intuition, car elle a toujours raison. 

J’adore voyager seule, c’est une expérience extraordinaire, enrichissante et inestimable. La peur ne doit pas nous empêcher de découvrir le monde et ne doit pas nous habiter constamment et surtout n’oubliez pas que, dans les faits, 99% des gens sont bienveillants… Alors bon voyage !

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