Vieux-Québec, 5 secrets bien gardés !

Une ville au passé aussi riche que Québec ne traverse pas le temps sans être marquée par quelques histoires, faits et secrets qui, pour toutes sortes de raisons, demeurent méconnus, parfois même inexpliqués…

Au nombre des anecdotes, légendes ou histoires particulièrement intéressantes qu’on raconte parfois au sujet de Québec, les Deux Québécois autour du monde ont choisi de vous dévoiler cinq secrets aujourd’hui.

La légende du Chien d’or…

Voici une des histoires qui ont fait connaître la ville de Québec à la fin des années 1800 et qui y ont attiré des milliers de touristes américains. Saviez-vous qu’à cette époque, un des souvenirs les plus vendus aux touristes dans la vieille capitale, autant que le sont aujourd’hui les reproductions du Château Frontenac, était l’image d’un chien qui ronge son os ?… Eh oui…voici donc la légende du Chien d’or…

Aujourd’hui, on peut admirer la sculpture (une plaque de pierre gravée il y a plus de trois siècles) sur le fronton de l’Édifice Louis-S. Saint-Laurent (Hôtel des Postes) situé tout en haut de la Côte de la Montagne. On y voit un chien doré rongeant son os et ce poème : « Je suis un chien qui ronge l’os, en le rongeant je prends mon repos, un temps viendra qui n’est pas venu, que je mordrai qui m’aura mordu ».

Depuis 1688, cette sculpture a décoré tous les immeubles qui ont occupé la parcelle où se trouve aujourd’hui l’édifice Saint-Laurent. Elle aurait été installée au-dessus de la porte d’entrée principale de sa résidence familiale par Timothée Roussel. Le second propriétaire de la maison, à partir de 1734, est Nicolas Jacquin dit Philibert, qui conserve la sculpture. En 1748, Philibert est tué d’un coup d’épée par Le Gardeur de Repentigny, officier des troupes de la Marine, qu’il refuse d’héberger chez-lui. Plus d’un siècle plus tard, en 1877, un romancier du nom de William Kirby publie à New York « The Golden Dog », dont l’action se déroule à Québec et qui reprend en partie l’histoire de Philibert et de Le Gardeur en y ajoutant des références à la Corriveau et au Château Bigot… Ce roman a connu un grand succès qui a donc attiré les touristes à Québec à la fin du 19e siècle. En réalité, Roussel aurait apposé cette sculpture sur la façade de sa maison en guise de signal de vengeance envers un voisin avec lequel il aurait eu de graves chicanes à propos d’un droit de passage… La légende du Chien d’or a défrayé la chronique pendant des décennies et sa trace est toujours visible. Mais sait-on seulement si le Chien d’or a tenu sa promesse de mordre « qui l’avait mordu » et s’il ne nous cache pas encore quelque surprise ?

Un temple franc-maçon à Québec ? Yes sir !…

Cette autre histoire recoupe en fait la première… Société initiatique et philosophique, la franc-maçonnerie est arrivée à Québec avec les troupes britanniques. Vous êtes sûrement passés devant cet édifice des centaines de fois sans remarquer rien d’inhabituel. Une bâtisse de près de 150 ans abrite à son sommet le temple des francs-maçons de Québec depuis son édification en 1861. Les francs-maçons de Québec occupent le 51, rue des Jardins depuis 1862. Observez bien la corniche sur la façade de cet édifice et vous y verrez les symboles habituels de la franc-maçonnerie, à commencer par le compas et l’équerre déposés sur un livre.  Posée solennellement le 18 août 1861, la pierre angulaire de l’immeuble renferme, à en croire un article du Quebec Mercury, « un certain nombre de pièces de monnaie, anglaises, américaines et canadiennes en or, argent et cuivre, de même qu’une liste des Officiers de la Grande Loge Provinciale et des copies des articles des journaux Mercury, Chronicle et Gazette faisant allusion à la cérémonie ».

Fait intéressant : La maison de Timothée Roussel (voir l’histoire du Chien d’or racontée ci-dessus), tout en haut de la Côte de la Montagne, avait été acquise autour de 1786 par un des premiers francs-maçons de Québec pour en faire l’Auberge Le Chien d’Or. L’auberge comprenait une salle franc-maçonnique, le « Freemasons’ Hall », qui permettait de tenir les réunions des membres. La maison fut plus tard remplacée par l’actuel édifice Louis-S. Saint-Laurent où on peut toujours apercevoir la sculpture du Chien d’or.

La franc-maçonnerie de Québec fut principalement anglophone jusqu’en 1987 et ne comptait plus que 200 membres en 2010. L’organisation a un site web facile à trouver.  À en croire des propos tenus lors de l’inauguration du temple de la franc-maçonnerie de Québec en 1861, les francs-maçons ont en leur sein, « dissimulés aux yeux de tous les hommes, des secrets qui ne peuvent être dévoilés (…) Mais ces secrets sont licites et honorables et sont conservés en sûreté par les Maçons qui, seuls, en ont la garde jusqu’à la fin des temps »… Bonne découverte !

La maison la plus étroite de toute l’Amérique du Nord se trouve dans le Vieux-Québec !

Maison la plus étroite en Amérique du Nord

La maison la plus étroite de toute l’Amérique du Nord se situerait au 6, rue Donnacona, à côté du couvent des Ursulines… Sur un terrain qui a la forme d’un trapèze qui longe le mur de leur propriété, les Ursulines firent ériger en 1848 une petite maison en pierre à un étage, selon les plans de l’architecte Michel Patry (1806-1865). Quoique la façade mesure seulement 3,7 mètres de largeur, l’arrière de la maison est plus large que le devant, ce qui lui permet d’être habitable. La maison demeurerait toujours la propriété des Ursulines.

Kent House, la Porte Kent et les amours de Kent à Québec…

Nulle autre que la reine Victoria a contribué financièrement à la construction de la porte Kent offerte à la Ville de Québec en l’honneur de son père, le prince Édouard-Auguste, duc de Kent. Celui-ci a vécu à Québec de 1791 à 1794 avec sa maitresse, Thérèse-Bernardine Mongenet. Le couple habitait une maison qui fut occupée beaucoup plus tard par le consulat général de France. Malgré vingt-cinq ans de vie commune avec Madame de Saint-Laurent, le duc dut épouser, à l’âge de 50 ans, la princesse Victoria Saxe-Coburg-Saalfeld, d’origine allemande, afin d’éviter une rupture dans la succession de la famille royale. L’année suivante, en 1819, leur seule enfant naquit, Victoria qui allait être couronnée à 18 ans et régner jusqu’à sa mort en 1901. Après avoir accompagné le duc dans ses pérégrinations de Gibraltar à Québec, madame Mongenet, née en France, mourut célibataire à Paris en 1830. Elle fut inhumée au cimetière du Père Lachaise dans le même caveau que sa sœur.

Mais que ce serait-il donc passé si monsieur son père, Duc de Kent, s’était établi à Québec définitivement avec madame Mongenet ?!…  Il n’y aurait donc jamais eu de reine Victoria ni d’époque victorienne…oh my Lord…Il n’y aurait aujourd’hui ni de place, de rue, de parc, ni d’hôtel Victoria à Québec ?!?  Et qu’en serait-il de Victoriaville ?!! Rappelons-nous que le Manoir Montmorency, en haut de la chute du même nom, s’est lui aussi appelé « Kent House » au temps jadis, en l’honneur du père de la « reine de Grande-Bretagne et d’Irlande ». 

Heureux le duc de Kent avec sa porte et sa maison ? Rien de moins sûr… En effet, certaines de ses lettres révèlent sa détresse à l’idée de se marier par obligation et de renoncer à madame Montgenet : « Vous pouvez imaginercomment mon cœur est blessé au plus profond de mon être et saigne à chaque marque de tendresse et d’affection qu’elle me porte. »

La plus vieille prison de Québec n’accueille plus de prisonniers mais des livres…

Au No. 44, Chaussée des Écossais, se trouve un édifice imposant connu sous le nom de Morrin College. À l’origine, il s’agissait d’une prison conçue par l’architecte François Baillargé et construite en 1808. Ses cellules lugubres peuvent encore être visitées aujourd’hui. La prison a été convertie en collège pour garçons aux environs de 1861, puis en bibliothèque publique en 1868. Il s’agit de la plus ancienne bibliothèque publique anglaise au Canada. Un coup d’œil à son intérieur magnifique vous permet de replonger un instant dans une époque révolue.

Donc, si l’ancienne prison de Québec, qui se trouve sur les Plaines d’Abraham (celle qui avait notamment accueilli dans ses murs le malheureusement célèbre Léopold Dion dans les années 1960, d’où il avait par ailleurs réussi à s’évader), est devenue entre-temps une aile du Musée des Beaux-Arts du Québec, la prison de la Chaussée des Écossais a pour sa part abriter un collègue et accueille toujours l’une des plus belles bibliothèques du Québec. Un lieu à visiter à tout prix !

Québec, tu nous surprendras toujours et encore

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